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Le Mont Blanc Monte Bianco Peintures de François Murez - www.francois-murez.com | |||
Réception de M. René Huyghe Extraits du discours du samedi 22 avril 1961 à la Sorbonne Avec les années, on apprend à se détacher lentement des jeux de la vie et de ses honneurs visibles ; on cherche davantage son sens. Du moins le faudrait-il... On s’accoutume à percevoir, derrière les bruissements dont elle s’enveloppe, le son plus grave et plus soutenu des permanences. On en sent le besoin nous presser d’autant plus que notre époque trépidante répugne à ce qui dure et parait ne vouloir plus guetter que les étincelles jaillissant du neuf et de l’imprévu – voire de l’insolite... Aiguilles de Chamonix, 2005
Huile, bois sur toile, François Murez Et vous associez une autre pérennité à la vôtre, celle de l’art, en me désignant pour être son représentant parmi vous. Le langage des mots vous appartient ; il est par vocation, celui des idées claires et nettes, auxquelles l’enseignement cartésien a donné chez nous une primauté justifiée, mais qui ne doit point être exclusive. De tout le confus et inépuisable bouillonnement qui fait la richesse de l’âme humaine, la pensée lucide n’est que le sommet lumineux. Les pics se découpent dans la clarté, alors que la vallée s’éveille à peine dans l’ombre encore nocturne... Avoriaz, 2007
Huile, bois, plexiglas, sur toile, François Murez Mais c’est dans la vallée que couvent les réserves de vie. Si votre Compagnie est vouée avant tout à ce langage des mots, dont elle a mission de préserver l’intégrité, elle sait bien pourtant que les poètes, auxquels elle fait traditionnellement place, tentent de forcer sa limite, de lui faire suggérer par une émanation magique, ce qu’ils ne peuvent exprimer par leur usage rationnel et normal ; et par là elle étend son domaine, jusqu’aux frontières de l’indicible. Or cet indicible elle sait encore combien les hommes, immémorialement, ont usé, pour l’inscrire dans la durée, d’une autre langue, irrépressible, celle des images. En cette empreinte directe et sûre, se trouvent préservés le visage des siècles et l’âme des morts... Pas dans la neige, 2007
Huile, bois sur toile, François Murez Car les images constituent, elles aussi, une langue ; sa portée a été longtemps méconnue, tant qu’on les a confondues avec l’imagerie qui, elle, n’est, en effet, que reproduction de ce qu’on voit ou figuration de ce qu’on pense. Ainsi, pour maint esprit, l’art n’était, paré, certes, de sa séduction visible, qu’un moyen plus matériel et plus grossier, d’exposer ce que l’écrit seul peut analyser avec logique et subtilité – mais, nous le savons aujourd’hui, ce que l’image perd en élaboration lucide, elle le gagne en étendue, car elle émane, palpable, de la vie intérieure totale, si obscure que celle-ci puisse être en ses profondeurs, si fuyante et rebelle qu’elle puisse se poser en face de la pensée... Aiguilles de Chamonix, 2008
Acrylique sur carton entoilé, François Murez À la veille de sa mort héroïque et prématurée, Saint-Exupéry jetait dans une lettre : « Il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles… On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous... Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors des sciences de la nature, cela ne leur a guère réussi. Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit, plus haute encore que la vie de l’intelligence, – la seule qui satisfasse l’homme... » Est-ce compromettre l’Occident, que de demander à son origine, la Grèce, cette lucidité qui oblige l’intelligence à concevoir sans cesse ce qui semble aller au-delà d’elle même, mais non pas pour s’y perdre et s’abandonner au vertige, mais pour chercher l’explication d’un temps mystérieux comme le nôtre ? Mont Blanc, 2008
Huile, bois sur toile, François Murez Extraits de Dialogue avec le visible (René Huyghe) Le langage de l'âme : la puissance des images Il s'en faut de beaucoup que la totalité de notre vie intérieure se laisse exprimer par le langage et nous savons tous combien est ample la marge de l'indicible. Les mots, étiquettes des idées, ont été façonnés pour l'entente réciproque des humains. Il est normal, de leur fonction même, qu'ils appréhendent seulement ce que nous avons de commun, ce que nous connaisssons déjà ; ils peuvent par une désignation convenue et accoutumée, l'évoquer en chacun de nous... Là se borne la tâche des « mots de la tribu », à moins que nous ne sachions leur « donner un sens plus pur » et nouveau. Ils ont dû extraire de la nébuleuse affective qu'est notre vie intérieure, prisme divers et irremplaçable de nos sensibilités, tout ce qui était émotion, réaction individuelle, pour ne préserver que le noyau central, au volume infiniment plus réduit, mais qui, par compensation, dans sa fermeté et sa netteté, correspond à une expérience délimitée et contrôlable ; un constat des sens ou l'idée générale qu'on a su en abstraire... Col du Simplon, 2009
Huile, bois, mosaïque sur toile, François Murez Mont Blanc, 2010
Huile, bois, mosaïque, François Murez Problème du langage : La carence des mots. Choisissons un mot aussi simple qu'"arbre". Tous ceux qui l'emploient s'imaginent désigner la même "chose". La "chose", peut-être, mais combien est-elle différente, dès qu'elle se reflète dans le miroir mouvant de l'ame ! Pour l'homme sauvage, pour l'homme des premiers temps, l'arbre est présence divine; âme d'ancêtre ou nymphe sylvestre, il laisse affleurer sous sa visible écorce une présence mystérieuse. Pour le promeneur moderne, qu'est-il ? Mais encore, pour lequel d'entre les promeneurs? A l'oisif, il signifie repos et détente; au peintre, lumières jouant dans la gamme des verts ; au musicien, souffle chantant du vent dans les ramures ou note modulée de l'oiseau. Il est vrai que le commerçant y suppute quelques stères dont il calcule déjà la valeur marchande. Mais l'arbre lui-même qu'est ce à dire ? Chacun par la particularité de son espèce, par celle de sa taille, de sa conformation refuse de se confondre dans la notion générique où on l'englobe. Sous-bois en montagne, 2005
Huile, bois sur toile, François Murez Que devrait-on faire d'autre pour "s'entendre", sinon retrancher ce qui était du domaine de la particularité ? De sacrifice en sacrifice, de généralisation en généralisation, on a dégagé de ce flot ondoyant et divers un point fixe où s'arrimer, quelque chose, à coup sûr, de pauvre et de neutre, mais de solide : l'idée d'arbre, à laquelle le mot n'aura plus qu'à prêter son vêtement. L'intelligence, taillant dans la masse confuse du ressenti, élaguant, simplifiant, a trouvé la base incontestable du pouvoir d'échange. L'amputation, le sacrifice étaient si sévères que l'ingéniosité humaine s'évertua toujours à laisser aux mots le don d'exprimer plus que le strict fait ou l'idée abstraite qu'ils revêtaient ; elle tenta d'infuser quelque chose d'autre entre eux, de les imprégner du parfum particulier de l'atmosphère dont ils étaient extraits, de transmettre, ainsi que l'écrivait Proust à Bibesco « une qualité de vision, une révélation de l'univers particulier que chacun de nous voit et que ne voient pas les autres ». De ce moment, le langage s'essayait à l'image, à suggérer plutôt qu'à désigner ou à définir ; il s'évadait de lui-même pour entrer dans la poésie ; il devenait art. Car l'art est bien cette expression qui manquait à l'indicible pour qu'il ne restât pas enfermé dans le secret de chaque vie. Aiguilles de Chamonix, 2003
Huile sur toile, François Murez C'est que la poésie et l'art sont images et qu'il est du pouvoir de l'image de descendre dans les âmes et d'en extraire, d'en faire éprouver aux autres les richesses secrètes, celles qui semblaient justement réservées à la sensibilité exclusive de chaque être particulier. On ne saurait affirmer que ce soit là, en dernière analyse, la fonction, le but et donc la définition de l'art ; il est un phénomène bien plus complexe et bien plus vaste. Du moins, parmi toutes ses possibilités, détient-il celle-là, dans la mesure où, précisémént, il est poésie. Voir d'autres peintures de montagnes : Diapo Montagne La fourmi et la cigale - Raymond Queneau
Une fourmi fait l'ascension
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