(Histoires créées par François Murez)


Balthazar et Vittorio à la pêche


Balthazar le crocard et Vittorio le chiot décident d'aller aujourd'hui à la pêche. Le matériel est vite préparé. Le panier de victuailles aussi : dindes rôties, poulets farcis, saucisses et saucissons, jambons et salamis. Nos deux compères ont toujours grand faim.
Bientôt la troupe s'en va. Suivie de près par Grandgousier le loup, toujours en quête d'un larcin de nourriture et connaissant nos deux lascars pour leurs grands appétits qui n’égalent que le sien.
Arrivés au bord de la rivière, Balthazar et Vittorio s'installent. Les lignes sont mises à l'eau, le panier de victuailles posé entre les deux compères. Pas besoin de boîte pour mettre les poissons péchés... ils vont directement dans la gueule d'un des deux affamés.

Mais Grandgousier rôde....

Vittorio, pris d'un besoin, s'écarte. Grandgousier saisit l'occasion. Il se glisse derrière le chiot et hurle soudain de toute sa poitrine. Vittorio, sursautant de peur, perd l'équilibre et tombe à l'eau.



"Au secours, au secours..."


Vite Balthazar, en bon nageur, saute à l'eau pour aider son ami.
Le loup a vite fait de chiper le panier, encore bien fourni, et de rentrer chez lui, toutes portes cadenassées. Deux, trois coups de gueule voraces vident promptement le panier.
Grandgousier est satisfait. Les deux compères ragent : ils décident de se venger.
Le lendemain même, la scène recommence: le matériel est prêt, le panier de victuailles aussi, etc...pourquoi répéter? Cependant, une des dindes a été farcie d'un gros pétard.
Les deux compères retournent à la rivière, s'installent. Vittorio va faire son pipi, le loup hurle, le chiot tombe et se noie presque. Balthazar saute, le panier de victuailles est vite enfermé dans la tanière de Grandgousier et dévoré.
Balthazar et Vittorio se réjouissent bientôt d'entendre un gros pétard exploser dans le fond de la forêt.


© François Murez 1994
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio s'intéressent aux figues


Et oui, nos deux compères s’intéressent aux figues, pas vraiment aux fruits mais aux bonnes recettes qu’il est possible de faire avec.

Cela tombe bien. Un ami de leur connaissance, Jean Gée, spécialiste des figues, les a invité pour leur montrer tous ses arbres et toutes ses espèces, plus d’une centaine !! tous dans une serre, bien à l’abri.

Balthazar et Vittorio arrivent quelques jours plus tôt que prévu, profitent du fleuve pour chasser le canard et de la campagne pour le faisan. Ces deux volailles se marient bien aux figues.

La visite de la serre est intéressante, certes, mais un peu longue, mais il ne faut pas le dire à Jean Gée, cela pourrait le vexer. Les figues se suivent : Blanche d’Argenteuil, Grise de Saint-Jean, Noire de Barbentane, Rouge de Bordeaux, Violette de Solliès, … Un vrai festival de couleurs pour ces fruits bien odorants.

Il fait chaud dans cette serre, bien chaud. Toutes ces odeurs, cela donne faim.

Les canards et les faisans sont cuisinés, tout en parlant. Le foie gras s’accompagne bien aussi de figues. Et les jambons secs, alors !! Le Parme, le San Daniele, le Speck, le Serrano, l’Ardenne, le Westphalie, ah !!

Voilà, la table est prête. Les trois amis se préparent. Mais vient le déluge !!

Toute cette chaleur, toutes ces odeurs, de fruits, de viandes, de jambons, attirent bruyamment Vespa, la guêpe folle, et toute sa bande. Elles s’enfournent toutes dans la serre et piquent sur les plats, excitées et folles dingues. Elles passent, repassent, attaquent nos trois amis, les piquent, les repiquent. Enfin, seuls sont attaqués Vittorio et Jean Gée, aux nez, aux yeux, partout. Balthazar, lui ne risque rien : une guêpe qui essaye de le piquer en casse son dard.

Vittorio et Jean Gée vont vite plonger dans une fontaine proche ; l’eau fraîche calme les brûlures. Seules dépassent leurs narines. Balthazar donne des grands coups de queue, mais pour dix guêpes secouées, cent reviennent. Rien à faire, Vespa est victorieuse et tout disparaît par les mandibules de ces folles zébrées.

Il faut négocier ; Balthazar pense surtout à ses deux amis qui trouvent maintenant le temps long dans leur fontaine.

Balthazar et Vespa discutent : on ne sait pas ce qu’ils se disent. Balthazar sait qu’il a encore en réserve beaucoup de victuailles, les figuiers sont aussi encore riches en fruits. Balthazar propose à Vespa de partager. La folle aimerait tout avoir mais se méfie de la queue de Balthazar. Bon, c’est d’accord !

Balthazar sait aussi que Grandgousier a dû les suivre et qu’il rôde, prêt à prendre la suite de la folle Vespa.

Vittorio et Jean Gée peuvent sortir de l’eau. La moitié de la nourriture est placée, le soir venu, dans une serre avoisinante. Les guêpes ont assez mangé aujourd’hui, la suite sera pour demain ; Vespa est d’accord.

Mais voilà, la nuit venue, Grandgousier s’introduit dans l’autre serre et mange tout durant la nuit. Mais c’est bien trop, beaucoup trop. Il ne peut plus bouger et s’endort sur place, ruisselant de graisse parfumée aux figues. Et dès potron-minet, Vespa vient au rendez-vous. La vue du loup énorme, ronflant et des plats vides, la rend furieuse. Elle n’imagine pas qu’elle se soit fait berner par Balthazar. Vespa et sa bande, pétaradant, foncent sur le loup, tous dards sortis. Je ne vous en dis pas plus.

Nos trois amis, eux, ont tout terminé dans leur serre, bien fermée cette fois-ci. Jean Gée, c’est promis, en souvenir de ces pétrolettes folles, va rajouter une espèce dans sa collection de figues : la Bécane.


© François Murez 2008
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio à la Baratte


« Chut, tais-toi, tiens-toi tranquille ». Balthazar le crocard sermonne Vittorio le chiot. Oui, il ne faut pas bouger, le chien et vous non plus, le lecteur. Facile à dire pour notre crocard, étalé dans le fond d’un fossé d’irrigation de la Baratte. Seuls ses yeux dépassent de l’eau, un vrai crocodile bien dans son élément. Le chiot, lui, est moins à son aise dans l’eau.

Mais que font nos deux amis dans une telle posture? Revenons un peu en arrière !!

Balthazar et Vittorio étaient devant leur télévision à regarder les informations du midi quand ils ont vu un reportage sur la Baratte. Intéressante, cette zone humide cultivée, en lisière de Loire. Balthazar, cela lui plait les zones humides, des légumes, cela accomode bien les viandes, des insectes rares…Plein de choses intéressantes pour des bêtes curieuses.

Pendant ce temps, parlons en, car il faudra bien un jour en parler, alors autant le faire de suite ; pendant ce temps, Grandgousier, notre loup imbécile, lui, en vrai négationniste, essaye depuis des années de réécrire l’histoire des Trois Petits Cochons ; la fin ne lui plait pas, mais c’est dur d’écrire une histoire ! c’est dur !!

Donc, nos deux amis, ayant vu le reportage et intéressés par cette région d’élevage des fameux charolais (une bonne occasion de festoyer), décident d’aller y faire un tour. Et c’est là, que nous les trouvons en train d’observer les fameux agrions rares, ceux de Mercure qui raffolent des fossés aux eaux pures. Pas de danger de les croquer: un agrion, à peine de quoi faire un cure-dent pour des affamés…

Auparavant, Balthazar a remonté les eaux du Fleuve Loire pour chasser un bœuf réveur au bord des eaux et le prélever pour sa consommation personnelle et celle de son ami, bien sûr…La carcasse du bœuf a été bien cachée, car nos deux compères se doutent que le Grandgousier n’est pas loin avec son nez au vent.

Au passage, du fond de son trou, Balthazar a vu un malfaisant déverser des produits maléfiques tueurs de plantes, le long du fossé. Interdit, on vous dit ! Interdit, on vous répète !! Le crocard n’aime pas que l’on menace les espèces rares: le malfaisant s’est pris un tel coup de queue dans le derrière qu’il en est tombé dans ses liquides.

La fin de journée approche, il faut rentrer et laisser demoiselles à leurs eaux.

Oui, la carcasse, ils l’ont caché dans la vieille maladrerie près d’ici, sous le vent, dans la remise où étaient enfermés et languissaient les lépreux récalcitrants. Tout le monde s’en doute, Grandgousier s’y trouve déjà et essaye de forcer la serrure, fracturer la porte, tordre les barreaux. Quand il entend claudiquer deux lépreux avec capes et cloches, il se sauve bien vite, de peur. Trop promptement pour se rendre compte qu’une cape est trop grande par derrière pour cacher une queue et une trop grande par devant pour cacher des machoires. Nos deux ladres, riant sous capes, ont réussi cette fois-ci encore à tromper le loup.

C’est seulement une fois son souffle retrouvé, caché un peu plus loin, que le loup comprend le supercherie. Ouh Ouh !! C’est décidé, dès qu’il le pourra, il essaiera le coup des trois petits cochons : soufler sur les murs ; on ne sait jamais et puis cela pourra toujours l’inspirer pour la fin de son histoire toujours réinventée.

Une fois nos deux compères partis, le loup revient. Il souffle souffle, rien n’y fait, se gonfle et se gonfle, souffle souffle, rien n’y fait, se gonfle et se gonfle et se gonfle, souffle souffle souffle, rien n’y fait. La léproserie en a tellement vu de misères, de coups durs qu’elle resiste encore. Et le loup, par son souffle, son souffle si fort qu’il en arrive aux fossés et plaque nos agrions, nos demoiselles, contre les branches des saules, le loup énerve nos petites bêtes qui vont se plaindre directement chez Mercure, leur protecteur. Le dieu en colère envoie son bouc et son serpent en messagers au loup. Le serpent pique Grandgousier aux fesses et le bouc lui donne un tel coup de cornes qu’il l’envoie valdinguer devant son écritoire et son histoire, désormais à jamais réécrite.

Comme quoi, il ne faut jamais énerver les agrions, morale aux malfaisants.


© François Murez 2008
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio en voyage.


Dans cette histoire, Balthazar le crocard est pris d'un besoin subit de partir en voyage. Vittorio le chiot, son compère, le suit. Cela va sans dire. Balthazar souhaite rendre visite à ses cousins d'Amérique, dans les marais de Floride. Cette balade fera du bien à Vittorio: il est bon à son âge de voir du pays.

Les malles sont prêtes, toutes pleines de victuailles, de quoi tenir les quelques jours du voyage en bateau.

Le jour du départ sonne enfin. Nos deux lascars montent sur le bateau et s'installent dans leur cabine. La passerelle va bientôt être levée. Quand brusquement, telle une flèche, arrive Grandgousier qui ne veut pas manquer ce périple. Car, où vont les deux affamés, bombance est à faire, se dit le loup.

Le voyage se passe bien. Nos deux compères vident leurs malles, une à une, allongés paisiblement et contemplant la mer. Grandgousier rôde, se cache, vole une viande par ci, une charcuterie par là. Il lui faut rester discret.

Le voyage se termine. Balthazar est reçu par ses cousins. Vittorio leur est présenté. Un festin, comme il se doit, accueille les deux amis. Grandgousier, caché dans un palétuvier, en a les babines toutes excitées.

Bientôt, les cousins de Floride invitent Balthazar et Vittorio à une excursion dans la contrée. Tout le monde est d'accord, ce sera pour demain.

Le lendemain, très tôt, toute la bande est partie. Grandgousier ne peut plus attendre, il saisit l'occasion. Il se présente devant les cousins de Balthazar restés là et se fait passer pour un parent de Vittorio à sa recherche. Les cousins lui expliquent que Vittorio est parti pour la journée et qu'il lui suffit de rester là. Il sera leur hôte. Pour attendre agréablement, force nourriture est amenée à Grandgousier. Les cousins savent se tenir, Grandgousier aussi qui engloutit tout au fur et à mesure. Le loup est ravi de son coup. Il mange, mange et s'éclipse discrètement quand arrive l'heure du retour de Balthazar et Vittorio.

Sitôt arrivés, les cousins mettent au courant nos deux compères sur ce parent un peu bizarre. Balthazar et Vittorio comprennent tout de suite qu'il s'agit encore de ce Grandgousier. Décidément, ils ne peuvent être tranquilles.

Les cousins n'apprécient pas trop cette impolitesse. Conseil se tiendra le lendemain pour décider de la punition à infliger à ce malotru gris velu.

Au lever du soleil, tout le monde se réunit devant un repas fait de grosses bêtes de là-bas. Balthazar qui a réfléchi durant son sommeil, expose son plan. Vittorio approuve, les cousins aussi.


Avis !! Avis !!


"Tous les loups des marais sont invités à un festin chez les crocodiles des marais en l'honneur d'on ne sait pas trop quoi mais cela ne fait rien."

Grandgousier ne résiste pas, il s'invite déguisé d’un stetson et prend un accent américain pour ne pas être reconnu. La ruse est subtile. Mais durant l'orgie, Balthazar a vite fait de le repérer malgré son déguisement: c'est Grandgousier qui avale le plus.

Les cousins le gave, le gave. Il devient tellement gros qu'il ne sait plus guère bouger. Il est alors vite attaché, ficelé, ligaturé, bâillonné et balancé sans ménagement dans une de ces fusées américaines toutes proches.


3...2...1...0


La mise à feu a lieu. La fusée décolle difficilement, elle est lourde; mais elle part.

Grandgousier va visiter l'Espace...


© François Murez 1994
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar, Vittorio et la sorcière.



Aïe !

Oui, Aïe !


Une sorcière traîne depuis quelque temps dans le coin. Balthazar n'aime pas du tout cela. Il se méfie de ce genre de drôlesse et n'en attend rien de bon. Il a raison, car cette sorcière, toute noire poilue et ossue, s'intéresse à Vittorio. Ce petit chiot est tout à fait ce qu'il lui faut pour ses expériences en sorcelleries diverses.

La sorcière a bien vu que Balthazar protégeait son jeune ami et elle le craint. Où plutôt elle craint ses mâchoires qui feront peu de cas de son tas d'os.

Elle enrage, elle ne peut exercer aucune sorcellerie sur Balthazar. Ce n'est pas dans ses compétences. Elle n'a pas pouvoir de transformer un crocodile en puce ou moustique. Si ses expériences sur Vittorio réussissent, alors oui, la compétence lui sera accordée par la sorcière maîtresse. D'ici là, il lui faut ruser.

A force de tourner autour de la maison des deux loustics, elle finit bien sûr par tomber nez à nez avec Grandgousier, toujours à la recherche de pitance. Celui-ci s'immobilise, inquiet, devant ce tas d'os noirs peu appétissant. Trop tard, pas assez rapide le loup, la sorcière lui donne un grand coup de balai qui envoie notre canidé bouler dans des pays lointains d'où il mettra longtemps à revenir.

Un de moins !

Il reste à se débarrasser de ce crocard pour pouvoir sauter sur le chiot, victime parfaite pour quelques sorcelleries endiablées. Mais un coup de balai ne suffira pas ! Gare aux dents. La sorcière tremble et n'en dort plus. Son tas d'os devient pâle à force de veiller. Il lui faut une idée ou tant pis pour ses compétences.

Les jours passent...

...

Mais oui !!

C'est si simple. La voilà, l'idée : Se transformer en Grandgousier. Sitôt pensé, sitôt fait.

Et tout rentre dans l'ordre pour Balthazar: La sorcière a disparu, Grandgousier tourne à son habitude.

Tiens ! Le voilà qui s'approche de Vittorio, la queue ballante, l'air abattu. Que lui est-il arrivé? Il doit avoir faim. Vittorio lui lancera bien quelques restes. Balthazar remarque bien quelques poils noirs qui n'étaient pas là avant, le souci sans doute. Mais bon...

Personne ne s'inquiète. Et quand Balthazar détourne les yeux, le loup saute sur le chiot, l'enfourne dans son sac et se sauve en ricanant, redevenu sorcière enfourchant son balai.


Trop tard !!


Plus rien à faire...


Vittorio est perdu, Balthazar effondré.

La sorcière, d'un vol de balai, arrive chez elle, secouant ses os d'un ricanement odieux sans fin. En cherchant ses clefs, elle ne voit pas une mâchoire luire derrière un tonneau éventré, encore moins les dents de cette mâchoire lui fracasser le squelette.

Elle a trop tardé autour de la maison de Balthazar et Vittorio. Grandgousier a eu le temps de revenir, ventre à terre, pour lui rendre monnaie de sa pièce.

Vittorio ne traîne pas, lui. Il se sauve bien vite, en criant: “Merci Loup, cela te vaudra bien cent dindes farcies”.


© François Murez 1995
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio partent à la mer.


Depuis quelque temps, Vittorio est un peu pâle : la fatigue de l’école, le souci que lui cause Grandgousier, certainement. L'air de la mer lui fera le plus grand bien. Balthazar et Vittorio y partent. La côte d’Opale, la plage, la mer, les crustacés, le grand air iodé : quoi de mieux pour requinquer un chiot défaillant !

Leurs occupations au bord de la mer tournent bien sûr, autour de l'alimentation. La pêche aux crevettes est tout indiquée pour faire du bien au teint et au ventre de Vittorio. Nos deux compères raclent le fond de la mer avec leurs filets pour capturer nombre de crevettes grises. C'est bon certes, mais il en faut pour remplir un ventre affamé...

Non, c'est trop fatigant, concluent nos deux amis, pour de si petites rations et de si grands appétits.

Trouvons autre chose.

Oui c'est vrai, pensons aux choses sérieuses, se dit Grandgousier qui strie la plage à grands coups de char à voile. La langue au vent, le corps caché dans la carcasse de l'engin, il observe à chaque passage les deux amis et commence à avoir faim.

Nos deux loulous ont vite repéré que les dunes avoisinantes sont pleines de lapins sautillants. Les amas de petites crottes rondes en font foi. Voilà du consistant ! La stratégie de chasse est vite mise au point. Balthazar se cache dans les argousiers et oyats, la gueule grande ouverte. Vittorio y place une botte de carottes toutes fraîches. Quel régal pour un lapin des dunes !

Ding-Ding…

En quelques sauts, le lapin vient chercher sa carotte sans voir le piège.

Et boum, la mâchoire se referme brutalement sur la pauvre bête qui se transforme en crêpe.

La stratégie est bonne. Les crêpes s'amoncellent vite près du panier de Vittorio.

Bien sûr, l'autre coco est là, dans les parages, qui profite des pâleurs et fatigues de Vittorio et de son inattention pour ne faire qu'une bouchée de ces fameuses crêpes aux lapins.

Bon, que faire pour se débarrasser de cet énergumène ?

C'est simple, dit Balthazar, faisons une pile de crêpes de lapins et plaçons-la dans ma gueule, comme tu le fais pour les carottes, Vittorio.

Discrètement, bien sûr.

Grandgousier, tel un lapin, se fait prendre : le voilà, lui aussi, aplati telle une galette. Mais les lapins, végétariens, n'en veulent pas.

Ce sera pour les mouettes…


© François Murez 1995
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio au pays de l'abondance.



Le pays de l'abondance…

Visitez le pays de l'abondance...

Les affiches sont parlantes et tentantes. L'agence de voyages fait le reste : Un pays où les dindons se déplacent par milliers, un pays où les oies en vol obscurcissent le soleil, un pays...

Enfin… Un pays de rêves pour nos deux goulus.

Pour être tranquilles au moins une fois, Vittorio propose à Balthazar d'emmener Grandgousier avec eux. Ainsi, il ne leur fera pas d'entourloupettes, car de toutes les façons il serait quand même là, caché, mais là.

Et les trois connaissances partent ensemble au pays de l'abondance. Grandgousier, qui s'est fait relater la description de l'agence, en rêve les yeux ouverts. Son poil se hérisse d'envie, peut-être va-t-il s'y installer définitivement!

Ils y partent tous trois, presque bras dessus, bras dessous. C'est bon d'être amis.

Oui, mais voilà !!!!

C'est l'abondance de dindons, oies et autres bêtes à dévorer. C'est vrai, l'agence ne leur a pas menti. Mais c'est aussi l'abondance de loups, crocodiles, hyènes et autres bêtes dévorantes. Cela, personne ne leur avait dit!

Et quelles luttes pour attraper une proie, quelles fatigues, quels efforts pour manger un peu!! Et ici, tout le monde court: Les uns pour ne pas être mangés trop vite, les autres pour manger au plus vite. Les crocodiles n'ont que faire de Balthazar, les loups n'ont que faire de Grandgousier, les hyènes mangeraient bien Vittorio.

Bref, les trois se sont fait avoir : C'est la disette au pays de l'abondance. Ils ne veulent pas être les dindons de la farce, à défaut d'en manger.

Grandgousier propose un plan.

Il monte un stand avec quelques planches et une affiche: Venez visiter le pays de l'abstinence. Juste quelques herbes, quelques grains, au pays de l'abstinence. Vittorio garde le stand pour ne pas effrayer les volatiles.

(Entre nous, le pays de l'abstinence, c'est chez eux, bien sûr, mais chut!)

Le pays de l'abstinence: Les loups, crocodiles et autres édentés affamés ne s'attardent pas, pensez donc, qu’y feraient-ils ?

Les dindons sont intéressés, les oies aussi : Enfin être tranquilles, pas de prédateurs, ne plus courir même si le grain est rare. Ah! Quel repos! Grandgousier se frotte les mains.

Le plan échoue cependant. Car, à peine arrêtés pour se renseigner, les volatiles, se font croquer par crocos et loups divers courant par là.

Vittorio propose un autre subterfuge.

Sur une grande toile, les trois peignent une foultitude d'oies grasses, de dindons dodus et autres gourmandises. La toile est tendue entre deux arbres. Vittorio a fait mouche. Les prédateurs s'arrêtent et tous sautent sur la toile pour dévorer ces faux oiseaux alléchants.

Pendant ce temps, les dindons se dépêchent et prennent un billet pour le pays de l'abstinence et nombreux sont ceux qui ont la chance de s'y réfugier.

Quand la toile est toute déchiquetée et que plus rien ne peut en être tiré, vite, les trois s'en retournent chez eux.

Et là, c'est l'orgie. Les dindons se remettent à courir et à disparaître un à un dans le cou des trois gaillards. Au passage d'ailleurs, le bonhomme de l'agence se prend un grand coup des dents de Grandgousier : Une tromperie doit être punie.


© François Murez 1996
Déposé à la Société des Auteurs



Voyage dans l'espace



Le pas de tir n'est pas loin, la fusée est prête. Balthazar le crocard et Vittorio le chiot, nos deux amis, enfouis dans leurs combinaisons spatiales ont atteint la fusée et s'y installent, parés pour le grand départ.

Boum.

C'est parti ! Elle décolle.

Mais presque aussitôt derrière, éclate un deuxième boum !

Qu'est-ce que c'est ? Personne ne sait dire.

Une autre fusée décolle, et suit pas à pas la première.
C'est l'inquiétude chez les spécialistes. Quelle est donc cette fusée ? Que va-t-elle faire ? Quelles sont ses intentions ?
Balthazar ?? Vittorio ?? Que va-t-il leur arriver ? Reviendront-ils ?

Les deux fusées disparaissent vite derrière les nuages et bientôt dans l'espace.
Une grande angoisse plane sur la Terre...
Mais au fait ! Que font nos deux lascars dans cette fusée ?
Ils partent. Ils partent à la découverte de la planète Myam dans la lointaine galaxie de l'Aprèsplusloin.
Depuis quelques années déjà les savants ont découvert Myam. Elle émet des ondes particulières. Du jamais vu. Les ondes captées ont toutes des saveurs alléchantes de viandes rôties.
Parue récemment dans les journaux, cette trouvaille a aussitôt passionné Balthazar et Vittorio, surtout Vittorio qui est jeune et prêt à toutes les expéditions, pourvu qu'elles soient culinaires.
Nos deux se sont portés aussitôt volontaires pour aller visiter Myam et ainsi s'explique leur présence spatiale.

Mais l'autre...

L'autre les talonne toujours. C'est ce que disent les radars. Et de plus, ils détectent un ricanement bizarre reçu dans leurs grandes antennes.
Pour l'instant tout se passe bien dans la fusée. Un étage complet a été aménagé en garde-manger et les deux gourmands y sont plus souvent que dans le poste de contrôle. La fusée est pilotée automatiquement, le voyage est, ma foi, assez agréable. Pour l'instant…
Myam en vue. Myam à l'horizon. Vite se préparer, finir cette poularde, se laver les mains. Voilà, nous sommes prêts, la Terre.
Amyamissage en douceur. Ouvrir la porte. Descendre prudemment. Ne pas faire de bruit pour ne pas se faire remarquer. On ne sait jamais !
Un grand éclat : c'est l'autre qui arrive. La fusée est de moins bonne qualité et s'écrase dans un fracas immense sur le sol de Myam. Le ricanement cesse dans les radars de la Terre. Balthazar et Vittorio s'inquiètent, ils vont voir le tas de ferraille. Rien n'y bouge. Pourtant, il semble qu'une ombre s'enfuit et se cache. Les deux amis se regardent. Ils ont compris mais ne disent rien à la Terre, ne nous disent rien à nous, ce qui est plus grave !..

Qui est l'Autre ?

Tant pis, la mission avant tout ! Balthazar et Vittorio marchent, photographient, ramassent des cailloux. C'est vrai, cela sent bon. D'où vient cette odeur ? Ils traversent des plaines, des forêts, des mers, des montagnes, quoi d'autre?, des steppes, ramassent, photographient. Rien, ils ne trouvent rien. L'odeur les précède, l'Ombre les suit.
Et chose vraiment curieuse, ils ne rencontrent aucune vie animale sur cette planète.
Mais soudain, Balthazar et Vittorio sentent que l'Ombre ne les suit plus. Aucun doute, Elle a trouvé ce que eux cherchent depuis longtemps, ils en ont mal aux pattes d'ailleurs. Les deux amis font demi-tour vite fait, voient l'Ombre disparaître et descendre dans un puits d'où sortent les fameuses odeurs culinaires. Ils se regardent à peine et sont d'accord d'un regard: Suivons l'Ombre.
Vittorio monte sur les épaules de Balthazar. Crocodile et chiot descendent lentement. Ils arrivent dans une grande salle où la chaleur est intense. Un immense fourneau est au centre de la salle. Quelques rares animaux y cuisent. Tout autour du feu, dans les coins immenses, des tas d'os et de plumes : des restes de milliers de bêtes dévorées. L'Ombre n'est pas visible.
Dans une salle voisine, les deux amis découvrent des loups verts discutant vivement. Ils sont nerveux et menaçants. Balthazar et Vittorio ont vite compris de quoi il en retourne : Ces loups verts ont mangé tous les animaux, à plumes, à poils et autres, de la planète Myam. Il ne reste plus âme qui vive, juste ces quelques proies qui finissent de cuire sur le fourneau.
Que vont-ils devenir maintenant? Ils sont décidément aussi bêtes que Grandgousier.

Tiens, on parle de Grandgousier ?

Ce ne serait pas lui, l'Ombre ? Hein Balthazar ? Hein Vittorio ?

Et justement l'Ombre Grandgousier s'affaire autour du fourneau et commence à dévorer les dernières victimes.

Il est fou ! C'est bien le moment.
Balthazar l'assomme. Les deux amis enfournent dans un grand sac solide, rôtis et loup, escaladent le puits et s'enfuient vers leur fusée. Quand les loups verts se rendront compte qu'ils n'ont plus rien à manger, gare aux coups de mâchoires désespérées.
Les deux comparses cadenassent leur fusée et décollent sans prendre le temps de se rendre compte que les odeurs ont disparu. Ils sont venus à temps sur Myam.
Le retour est tranquille. Grandgousier est aux fers avec comme pitance, un os rongé. Il l'a bien mérité.
A l'arrivée sur Terre, les spécialistes apprennent à Balthazar et Vittorio qu'ils ont entendu un grand hurlement dans leurs antennes en provenance de Myam et maintenant plus rien, le silence sidéral. Très en colère, ils veulent faire griller Grandgousier. Balthazar et Vittorio obtiennent la libération du loup qui s'enfuit, vert de peur,

Un vrai habitant de Myam !!


© François Murez 1996
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio à la neige.


Balthazar le crocard, crocodile doué d'un grand sens des responsabilités scolaires, emmène Vittorio, le chiot, en classe de neige.

Classe de neige ?? Bon !!

En fait, Vittorio ne fait que du ski, vite à l’aise sur les pistes. Balthazar le regarde de la terrasse d'un bar en croquant des lagopèdes du pays (attention pas des lagopèdes sauvages et protégés, des lagopèdes d’élevage). Il ne se sent pas d'entrain pour se mettre les pattes sur des skis et que ferait-il de sa queue ? Tandis qu'assis là, ca va, c'est bien.

La matinée passe, nonchalante.

Tout à coup ! Un grand cri, tout le monde se lève, un monstre hissé sur scooter des neiges arrive à toute vitesse, bouscule tables, chaises et vole le plateau de lagopèdes de Balthazar.

C'est signé, cela en est de trop !! Il a encore frappé.

Vittorio, prévenu du drame, vient vite retrouver son ami. Lui seul va agir.

L'après-midi, il part aux abords de la ville près d'un élevage de lagopèdes. Il trouve vite ce qu'il cherche : le scooter des neiges est là. Du côté de l'élevage, un certain remue-ménage se fait entendre. Il fallait s'y attendre. Vittorio se penche sur le scooter et travaille vite. Quand le remue-ménage cesse, Vittorio est parti depuis longtemps.

Le lendemain, quand le scooter resurgit sur la terrasse, que le monstre ressaisit le plateau de lagopèdes et qu'il accélère pour se sauver, alors, le moteur, trafiqué par Vittorio, se met en folie. Le scooter est propulsé dans les airs, les lagopèdes s'éparpillent et le monstre Grandgousier va s'écraser un peu plus loin dans les glaciers.

La matinée nonchalante peut reprendre.


© François Murez 1997
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio à la neige (2)


Grandgousier est en colère depuis qu'il s'est écrasé sur les glaciers, suite à la manipulation effectuée par Vittorio sur son scooter. Il part demander l'aide de ses cousins, les loups qui se sont installés dans le Mercantour depuis peu. Leur chef se nomme "Pepe Lucullus", vieux loup originaire des Abruzzes. L'accord entre loups se conclue, mais personne n'en connaît le contenu.

....

Un beau matin, Balthazar et Vittorio se promènent en raquettes dans les bois environnants, quand cette horde de loups leur tombe dessus. Vittorio a très peur, car sa tendre chair excite la convoitise du Lucullus et de ses drôles. Il se réfugie entre les pattes de Balthazar.

Habile, Pepe Lucullus envoie ses sbires sur Balthazar et se tient en retrait. Mais les loups en ont vite assez des mâchoires tranchantes et de la queue cinglante du crocodile. Ils se replient.

Mais Pepe n'est pas le chef pour rien. Au moment où Balthazar rentre chez lui, sûr de sa victoire, Pepe lui envoie une grosse pierre sur la tête et l'assomme net. Vittorio est pris et emmené.

Il est sûr d'être dévoré dès que les loups seront loin de Balthazar et son jeune poil est secoué des soubresauts de la peur. Arrivés chez eux, le Lucullus décide du partage de Vittorio : les pattes à ses loups, la queue à Grandgousier, le reste à lui. Cela lui semble équitable !

Les loups vont se jeter sur Vittorio, le carnage est proche. Pauvre Vittorio qui pense à son ami Balthazar et qui pleure !!

Voilà, ils se jettent sur Vittorio, tous crocs dehors, c'est affreux…Faites sortir les enfants, c’est insoutenable.

Adieu Vittorio. On t’aimait bien !

Mais BOUM !!

Dix loups sont assommés nets, d'une pierre lancée; dix autres sont tranchés nets, d'une mâchoire aiguisée, dix autres sont projetés nets, d'une queue assénée. Pepe Lucullus se sauve avant d'être exterminé. Grandgousier, en connaisseur, a déjà disparu depuis quelque temps.

Balthazar sauve son ami. Nous respirons de nouveau.

Eh oui ! A peine remis de son coup sur la tête, coup lâche d'ailleurs, il saute de torrents en torrents, de rivières en rivières, de torrents en torrents et le voilà au Mercantour vite fait, juste à temps ; les autres ont mis trop de temps à discutailler et la colère aidant, Balthazar avait des ailes.


© François Murez 1997
Déposé à la Société des Auteurs



Balthazar et Vittorio à la neige (3)


Vittorio est à l'école. Eh oui! La classe de neige n'empêche pas l'école. C'est justement le cours de calcul. Vittorio est passionné.

2 + 2 = 4

2 x 2 = 4

Tiens c'est bizarre ! Un « Plus » fait la même chose qu'un « Multiplié ». Il faudra demander à Balthazar ce qu'il en pense. Mais notre crocodile, crocard affamé, n'y comprend rien : Il ne sait qu'additionner les dindons rôtis dans son ventre glouton et multiplier les coups de mâchoires.

Mais tandis que nos chères têtes se forment en classe, Grandgousier et Pepe Lucullus ne décolèrent pas : La vengeance doit être, et elle sera !

Grandgousier se met à la fenêtre de l'école, Pepe, futé, se place à la porte. C'est la panique dans les rangs quand Grandgousier montre sa face hilare au carreau. Vittorio se sauve vite par la porte, mais là...le Lucullus l'enfourne dans un grand sac. Hop, c'est réglé ! Maintenant, se sauver avant que Balthazar n'intervienne.

Les deux compères se cachent dans leur repaire. La porte est bouclée. Ils savent qu'ils doivent agir vite. " C'est facile, dit l'un, on coupe Vittorio en deux, pour toi le devant, pour moi le derrière" "Ah non ! ca ne va pas, dit l'autre, pour toi le devant, pour moi le derrière"

Les deux compères se chamaillent, à qui aura la queue, à qui aura les oreilles. Vittorio propose alors: "Coupez moi en quatre, chacun aura un bout de la queue et un bout d'oreilles". L'idée est juteuse et ravit les deux loups.

Vittorio leur demande alors : "Ou vous me divisez et vous aurez quatre morceaux" "Ou vous me multipliez les devants et les derrières et vous aurez quatre morceaux car 2 x 2 = 4" "Ou vous m'additionnez les devants et les derrières et vous aurez quatre morceaux car 2 + 2 = 4" "Alors pour me manger, allez-vous m'additionner, me multiplier ou me diviser ?"

Les deux compères se regardent les yeux frits, ils n'ont rien compris.

Pour ne pas paraître imbéciles, chacun y va de sa théorie. Grandgousier parle d'astrologie, de conjonction de planètes et autres balivernes astronomiques qui n'ont pas grand chose à voir avec notre affaire. Le Lucullus parle à son tour dans son patois indémêlable. Vittorio croit comprendre que Pepe le Lucullus se dit le descendant de la louve de Rome et que Romulus ou Remus, etc.… etc.

Bref ! Nos pédants imbéciles oublient une chose : A parler comme ils le font, le temps passe, et ce qui doit arriver, arrive.

La porte du repaire est fracassée. Balthazar tombe sur le Lucullus, laisse Grandgousier, qui fait presque partie de la famille, filer sans demander son reste. Le vieux Pepe le Lucullus est coupé en deux puis en quatre, de deux coups de mâchoires indifférentes à toutes ces théories idiotes.


© François Murez 1997
Déposé à la Société des Auteurs