
Païsage : Aspect d’un pays, le territoire qui s’étend jusqu’où la vue peut porter.
Les bois, les collines & les rivières font les beaux paysages.
Païsage : Se dit aussi des tableaux où sont représentées quelque vues de maisons, ou de campagnes. Les vues des Maisons Royales sont peintes en paysages à Fontainebleau et ailleurs.
(D’ailleurs on peut aussi remarquer l’apparition du mot paysagiste dans ce même dictionnaire)
Ce mot paysage est-il propre à chaque société ? Le retrouve t’on partout comme un bien partagé par les hommes ?
B) Les civilisations paysagères
Le mot Paysage n’existe pas dans toutes les cultures. Cette existence du mot Paysage permet de définir et distinguer les civilisations paysagères.
Reprenons la définition qu’en a faite Augustin Berque, géographe et orientaliste né en 1942.
Quatre critères empiriques sont retenus par Berque pour distinguer les civilisations paysagères de celles qui ne le sont pas :
1) usage d’un ou plusieurs mots pour dire paysage
2) une littérature (orale ou écrite) décrivant des paysages ou chantant leur beauté
3) des représentations picturales de paysages
4) des jardins d’agrément
Le premier critère est le plus important et le plus déterminant, il entraîne les autres.
Berque constate que :
De très nombreuses cultures ne présentent ou n’ont présenté aucun des 4 critères (l’Inde)
Les grandes civilisations ont toutes présenté au moins l’un des trois derniers
Seules 2 d’entre elles ont présentées l’ensemble des 4 critères :
La Chine (à partir du IVe siècle). Plusieurs mots désignant le paysage apparaissent avant que les peintres ne créent des paysages peints.
Zong Bing (375-443)

L’Europe (à partir du XVIe siècle). Le mot paysage apparaît après les peintures de paysages. Le premier paysagiste le plus généralement référencé comme tel est Patinir.
Patinir (1485-1524)

C) Comparaison de deux représentations de paysages de la même époque.
Paysage chinois
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Paysage européen
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Chou Ying (1493-1560)
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Patinir (1485-1524)
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Deux peintres d’une même époque, même thème de la montagne, des arbres, des maisons, des personnes et du moyen qui conduit vers la destination : l’eau chez Chou Ying qui mène à la montagne (élévation de l’esprit), le chemin chez Patinir qui mène en Egypte (le devenir).
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L’homme oriental fait partie intégrante du paysage, il en est acteur au même titre que la montagne et l’eau. Le personnage, autour duquel s’organise le paysage, est l’œil éveillé et le cœur battant du paysage.(pour citer François Cheng)
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L’homme occidental est extérieur au paysage, il est promeneur et spectateur et n’a pas de relation avec les éléments peints : il ne fait que passer.
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La peinture est plate, sans horizon, et verticale (l’esprit).
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La peinture a une profondeur, un horizon, et est horizontale (le devenir).
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D) Rapport entre paysage, art et homme: L’homme dans le poème du monde.
Occident : Notre philosophie occidentale privilégie l’être en lui-même, en dehors de sa relation au milieu (voir peintures précédentes). Ce qui image une suprématie de l’homme sur la nature. L’homme occidental domine la nature.
Orient : l’homme est au milieu de la nature et échange avec elle. Le partage du regard est mis en pratique : l’homme regarde la nature, la nature regarde l’homme. Chacun trouve son existence dans ce partage. Le paysage existe parce que l’homme le regarde, l’homme existe parce que le paysage le regarde au travers de son œil.
Cette notion de partage, absente de l’art occidental, apparaît cependant parfois : on la retrouve chez Cézanne dans ses peintures, telle celle du jardinier Vallier qui se fond dans la nature ou la nature qui se fond en lui…
Cézanne – Le Jardinier

C’est une notion qui est en contradiction avec l’esprit actuel consumériste et cynique, mais en assentiment avec les nouvelles aspirations de protection de la nature.
Citons Berque : « Pour cela, il est nécessaire de comprendre la relation entre l’homme et la terre : car « si l’œuvre humaine a un rôle dans le poème du monde, un rôle nécessaire, elle perd tout sens lorsqu’elle prétend s’en dégager »
Paysage, Art, Homme sont liés : il s’agit d’une rencontre entre une nature et un regard d’homme, entre le matériel et le spirituel, entre l’objectif et le subjectif.
« L’art, c’est l’homme ajouté à la nature » : Vincent Van Gogh reprend cette citation dans une de ses lettres à son frère Théo au printemps 1879. De grandes réflexions philosophiques sont menées sur cette définition de l’Art, mais on peut simplement y trouver la relation d’échange entre l’homme et la nature au travers de l’art. Et c’est intéressant que Van Gogh la mentionne car c’est bien une de ses préoccupations majeures d’artiste de situer l’homme dans la nature.
Imageons par quelques représentations cette préoccupation de Van Gogh.
E) Van Gogh : quelques paysages et jardins fleuris.
Ferme en Provence, 1888

Paysage aux iris, 1888

Jardin fleuri, 1888

Pêchers en fleurs, 1889

Marguerite Gachet dans son jardin, 1890

Notons pour finir, et avec tristesse, que Van Gogh qui s’est attaché avec passion à représenter le paysage et le visage humain s’est retrouvé écartelé entre le corps et son fini d’un côté et l’esprit et son infini de l’autre. La rencontre entre l’objectif et le subjectif mentionnée avant s’est terminée chez lui en déchirure fatale.
Conclusion
On parle de pays quand l’homme lui adresse un regard pratique, utilitaire, matérialiste. Ce pays devient paysage si le regard devient esthétique, artistique, relationnel.
Aussi l’enjeu n’est-il pas de transformer le pays Baratte en paysage Baratte pour le sauver ?
Et cela, «pour aller vers une civilisation plus humaine parce que plus naturelle, plus naturelle parce que plus cultivée.» (Berque)
François Murez - La Baratte

Bibliographie :
Augustin Berque, Ecoumène- Introduction à l´étude des milieux humains
Augustin Berque, Cinq propositions pour une théorie du paysage
François Cheng, Cinq méditations sur la beauté
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